Les 2 et 3 mai avait lieu, dans Charlevoix, et plus précisément à La Malbaie, la première édition du DiVin Défi, nouveau concours national d’aspirants sommeliers, où j’ai eu le privilège d’être invité à titre de président du jury.
Le DiVin Défi est une heureuse initiative de Mme Danielle Belley, enseignante en sommellerie à l’école secondaire du Plateau à La Malbaie, où deux journées de rudes épreuves ont été présentées.
Après avoir collaboré à la dernière édition du défunt concours Cadet sommelier, au printemps 1990 – premier concours auquel j’ai participé, en 1990, après mes études en sommellerie, et qui m’a donné le goût de poursuivre ma formation et d’entreprendre ce métier – Mme Belley a voulu redonner la chance aux étudiants finissants de la province de tester leurs connaissances nouvellement acquises. Cet événement est fondamental pour la suite d’une carrière.
L’implication de cette enseignante dans la création et l’organisation de ce concours est immense. Elle a réussi à former un conseil d’administration de haut niveau, composé de personnalités de la restauration et de l’hôtellerie de la région, présidé par nulle autre que Mme Pauline Marois, chef du Parti québécois et députée de Charlevoix, secondée par M. Jean Autier, propriétaire de l’auberge La Pinsonnière, sans oublier les nombreux commanditaires, dont la SAQ.
Je ne pouvais donc refuser leur invitation à présider ce jury, composé de messieurs Martin Dubé, sommelier au restaurant Saint-Amour, Franck Lizotte, conseiller à la SAQ (La Malbaie) et de Robert Thiel, enseignant retraité.
Cette première édition se divisait en deux catégories.
S’affrontaient d’abord les étudiants du programme en service de la restauration, offert dans une trentaine de centres d’études pour l’obtention d’un diplôme d’études professionnelles (DEP) et qui comprend une formation de 90 heures en sommellerie.
Puis il y avait ceux qui planchent à plein temps dans le programme en sommellerie, dans neuf écoles hôtelières, pour une attestation de spécialisation professionnelle (ASP).
Il faut savoir qu’au Québec l’enseignement en sommellerie a connu un engouement sans précédent entre 1990, année où j’ai terminé ce cours, et 2008, où une dizaine de cours de sommellerie ont maintenant lieu en province chaque année, sans compter les formations de 90 heures dispensées dans une trentaine d’établissements.
En 1990, le seul centre de formation où la sommellerie était reconnue par le Ministère était l’École hôtelière des Laurentides à Sainte-Adèle.
Après avoir présidé le jury des deux catégories du DiVin Défi, je dois reconnaître que l’évolution du nombre de lieux d’enseignement est proportionnelle à l’évolution des connaissances des finissants en sommellerie.
L’intérêt et les connaissances de ces jeunes étudiants, dont les cours ne sont même pas encore terminés, sont stupéfiants. Bien sûr, beaucoup de « vin » sur la planche les attend encore, mais, comparativement au niveau général atteint au printemps 90, ces aspirants sommeliers disposent d’une plus grande assurance et de connaissances plus imposantes.
Dans tous les concours, il y a des gagnants et des perdants, même si je pense, cliché ou pas, qu’ils ont tous beaucoup gagné en se présentant dans Charlevoix.
Il suffit de penser au niveau de Jennifer Lizotte (étudiante à l’École hôtelière de la Capitale), qui a remporté haut la main le premier prix dans la catégorie DEP. Les aspirants sommeliers de l’année prochaine n’ont qu’à bien se tenir si elle se présente après son cours de sommellerie.
Philippe Maurice (du Centre de formation Bel-Avenir, à Trois-Rivières), arrivé deuxième en DEP, donnera aussi du fil à retordre s’il décide de faire des études en sommellerie l’an prochain.
De même pour le prochain concours du meilleur sommelier professionnel du Québec, si les deux excellents aspirants sommeliers de la catégorie ASP se présentaient : Marc-Olivier Rail (qui, bien qu’étudiant à l’École hôtelière de Laval, participait à titre d’indépendant) et Thomas Pélissier (de l’École hôtelière de la Capitale), respectivement premier et deuxième.
Les jeunes femmes, en plus grand nombre que les hommes dans ce concours, m’ont grandement épaté par leur indépendance, leur sens de l’humour et leur approche différente du service et de l’harmonie des vins et des mets. Elles sont beaucoup moins « coincées » que nous, les hommes…
En général, les candidats m’ont tous impressionné, tant dans les deux examens écrits, qui étaient de niveau professionnel soit dit en passant, dans les différentes épreuves d’harmonies vins et mets, écrites et orales, que dans leur prestation publique de service.

Un seul bémol, cependant : la dégustation des vins, où leurs commentaires, spécialement pour le niveau ASP, étaient désordonnés et manquaient de structure. Mais ce ne sont que des étudiants, ne l’oublions pas.
S’ils poursuivent leurs efforts au cours des années qui viennent, nous aurons droit à des concours professionnels des plus relevés et à une relève de haut calibre pour le concours mondial. D’où l’importance que tous les centres de formation professionnelle participent en plus grand nombre dès l’année prochaine.
Enfin, seul un travail assidu et intense leur permettra d’atteindre le statut de grands sommeliers auquel ils sont voués. Quoi qu’il en soit, le présent comme l’avenir de la sommellerie est solidement installé.
Aux restaurateurs, maintenant, d’apporter leur contribution en engageant plus de sommeliers à plein temps, et non pas que des « serveurs formés en sommellerie »…
Prochain rendez-vous, printemps 2009, dans Charlevoix.