Avec les notes de dégustations des « primeurs » 2007 de Bordeaux qui inondent actuellement les magazines spécialisés, quoi de mieux qu’un regard sur la saison végétative qu’a connu le Médoc, plus particulièrement l’appellation Margaux, afin de mieux cerner le potentiel qualitatif de ce millésime atypique, qui risque de faire couler beaucoup d’encre…
Voici donc une synthèse du millésime 2007, rédigée par Henri Lurton, directeur du Château Brane-Cantenac à Margaux, Second Grand Cru Classé du Médoc, qui, depuis 1992, s’est donné pour mission de faire chaque année le meilleur vin possible en restant fidèle au terroir historique et exceptionnel de Brane.
Depuis 1997, un cuvier neuf et spacieux, des techniques de vinification modernes et une nouvelle équipe lui permettent de mener à bien cette tâche. Toujours mieux connaître les sols, mettre en valeur la spécificité d’une parcelle, élever un grand margaux racé, aromatique, complexe et équilibré sur un terroir de graves profondes ou encore innover avec des techniques culturales plus modernes (rehaussage du palissage dès la fin des années 80, mesure des nappes phréatiques, etc.) font partie des réalisations qui passionnent Henri Lurton.
LES VENDANGES 2007 À BRANE-CANTENAC :
• Il y a des millésimes qui rendent nerveux les viticulteurs et 2007 en fait partie. Cette campagne aura certainement été l’une des plus difficiles et des plus surprenantes de ces dix dernières années.
• A la faveur d’un hiver doux, le débourrement fut très précoce : dès la mi-mars, les premiers bourgeons éclorent, avec plus de deux semaines d’avance sur 2006. Les conditions du début du cycle favorisèrent la pousse de la vigne et celle des plantes adventices contre lesquelles les travaux d’entretien du sol durent être maintenus toute la saison.
• Rapidement, la pression du mildiou fut exceptionnellement forte. Les précipitations abondantes du mois de mai en favorisèrent le développement, obligeant à une stratégie de protection du vignoble réactive et efficace. En juin, la situation était extrêmement préoccupante à cause de sa virulence causant des pertes de récolte et d’attaque du feuillage spectaculaires chez certains viticulteurs.
• A Brane, les choix techniques adaptés et les efforts menés dans les vignes permirent de contenir cette très forte pression, tout en restant attentif à l’impact environnemental - et humain- des produits phytosanitaires. Ainsi toutes les pratiques utilisées respectèrent les principes suivants :
-Choix de produits limitant le nombre de traitement (longue rémanence)
-Délai de retour des salariés dans le vignoble compris entre 24 et 48 heures, selon les spécialités appliquées
-Séparation des effluents phytosanitaires et traitement par un procédé homologué par le ministère de l’Agriculture
• Les premières fleurs furent visibles dès le 20 mai. La floraison de parcelles précoces bénéficia de conditions idéales. Par contre, celle des parcelles les plus tardives connurent des conditions plus fraîches et humides. Petit à petit, la vigne perdit son avance et la véraison commença le 16 juillet, d’abord par les cabernets sauvignons, ce qui était inhabituel. La pression du mildiou était alors contenue mais rien n’était gagné. Août fut plus frais et plus arrosé que de coutume. La véraison s’étala jusqu’à la fin du mois pour les parcelles les plus tardives.
• Fort heureusement, les trois semaines de très beau temps en septembre, avec des nuits fraîches et journées chaudes et ensoleillées (plus de 30°C) sauvèrent la récolte. La météo alors idéale favorisa la maturation de la pulpe, et surtout la synthèse des anthocyanes et des tanins. Les contrôles de maturité montrèrent que les raisins possédaient un excellent potentiel phénolique et des richesses en sucre élevées. Seules les concentrations en acide malique restaient importantes. Les peaux s’affinèrent mais restèrent croquantes et épaisses.
• Les vendanges débutèrent le 24 septembre, soit 6 jours après celles de 2006. Les moûts de merlot, très aromatiques, furent concentrés ou saignés. Le ramassage des cabernets débuta le 1er octobre et se termina la 12. Malgré quelques légers épisodes pluvieux, la récolte se fit dans d’excellentes conditions. Les travaux d’effeuillage, de décompactage et d’éclaircissage furent très bénéfiques puisque l’état sanitaire du raisin resta parfait jusqu’à la fin des vendanges.
• La réception du raisin a été repensée de façon à améliorer la qualité du nettoyage des baies. La vendange est triée une première fois à la vigne et une deuxième fois à son arrivée au chai. Après son éraflage, elle est à nouveau triée par un système innovant appelé Viniclean : les baies transitent sur une table vibrante qui élimine les pellicules sèches, les grains millerandés, les pépins et les fragments végétaux de petites tailles. Ensuite, un système de brosses rotatives capture des fragments de feuilles, de rafles et des pétioles. Un dernier tri manuel sur table assure au final une élimination complète des derniers éléments végétaux.
• Le millésime 2007 a connu une pression exceptionnellement forte du mildiou et des conditions météorologiques loin d’être idéales. Et pourtant, force est de constater en dégustant les premières cuves dont la fermentation alcoolique est terminée que les vins seront d’une très grande qualité. Ce n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’un travail rigoureux effectué au vignoble et des aptitudes exceptionnelles du terroir de Brane-Cantenac.